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1213-Bataille de Muret (2013) 2 récitants, chœur mixte, cornet à bouquin, chalemie sacqueboute, dulciane et percussions 2017-02-16T16:27:58+00:00

Project Description

1213 – Bataille de Muret

2 récitants, chœur mixte, cornet à bouquin, chalemie sacqueboute, dulciane et percussion
Épopée lyrique en 5 tableaux (Premier assaut, Montfort, Second assaut, La bataille, Le deuil)
Laisses 137 à 142 de « La chanson de la croisade albigeoise » (original anonyme en langue d’oc, traduction française de Patrick Burgan).
(2013)
Durée : 35’
Commande de l’Ensemble « Les Sacqueboutiers de Toulouse »
Création mondiale le jeudi 12 septembre 2013 en l’église Saint-Jacques de Muret, à l’occasion de la commémoration nationale des 800 ans de la bataille qui se tint à Muret le jeudi 12 septembre 1213, par Rénat Jurié (récitant en langue d’Oc), Pierre-Yves Binard (récitant en français), les chœurs Scandicus et Quinte-et-sens, et l’Ensemble « Les Sacqueboutiers de Toulouse ».
Direction : Patrick Burgan.

Extrait 1er mouvement :

Extrait 2ème mouvement :

Extrait 3ème mouvement :

Extrait 4ème mouvement 2ème partie :

Début 5ème mouvement :

Extrait audio : « Premier assaut »

Extrait audio : « Second assaut »

Extrait audio : « La bataille »

Extrait audio : « Le deuil »

À travers les lignes croisées d’une bataille réinventée, par Sylviane Falcinelli

Le genre musical de la bataille connut une extraordinaire floraison aux XVème et XVIème siècles, livrant ses derniers feux sous les doigts des virginalistes anglais au début du XVIIème siècle. Les guerres modernes n’ont inspiré que quelques œuvres de circonstance (Beethoven : La Bataille de Vittoria ; Tchaïkovsky : Ouverture 1812), avant qu’elles ne revêtent une expression patriotique “sur le vif” au XXème siècle (Vincent d’Indy : Sinfonia brevis de bello gallico en 1918 ; Chostakovitch : Symphonie n°7 Leningrad en 1941). Entre-temps, la fresque guerrière s’était largement transposée sur la scène lyrique (mis à part le poème symphonique de Liszt : La Bataille des Huns).

Qu’un créateur de l’actuelle génération veuille mettre en musique une bataille médiévale, voilà qui annonçait une originale transmutation de l’épopée en mystère symbolique (ce que le recours à trois chants grégoriens résumant le passage des morts depuis une obscure terre de douleur jusqu’au paradis confirme). Les instruments anciens apportent la couleur du passé, non un langage archaïque qui se trouverait artificiellement plaqué sur le discours moderne, et le compositeur n’a pas abdiqué son identité.

En fait, l’auditeur comprendra vite qu’à l’ensemble choral revient la responsabilité de représenter – comme une allégorie – le spectre des émotions (cris belliqueux, effroi, déploration…) vécues par des masses dont les chairs et les âmes furent déchirées, mais dont les voix ne peuvent plus espérer que le passage anaphorique par l’évocation artistique. Patrick Burgan, passé maître dans l’art d’exprimer l’essence poétique par la polyphonie vocale, a cette fois franchi le pas d’une écriture libérée du texte, donc devenue truchement allusif des sensations et pulsions collectives. L’aspect purement narratif échoit – en-dehors des récitants – au percussionniste dont les manifestations apportent la touche de réalisme des bruits plantant le décor. Ainsi un effectif réduit, par ses strates superposées, réussit-il à suggérer les  diverses facettes du poème : l’apparente économie de moyens – élégant appareil masquant une structure finement intriquée – ouvre le champ à l’imaginaire de l’auditeur qui se trouve invité à recréer sa “cinéscénie” personnelle à partir de l’entrelacs des sollicitations auditives.

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Une épopée lyrique, par Patrick Burgan

« 1213-Bataille de Muret » dépeint la fameuse bataille qui se tint à Muret, à vingt kilomètres au sud de Toulouse, le jeudi 12 septembre 1213. Terrible défaite pour les Toulousains menés par le comte Raymond VI contre les croisés de Simon de Montfort, elle marqua une étape   décisive dans l’entreprise de dépossession menée par la couronne de France, sa conquête du Languedoc et l’anéantissement programmé du monde cathare.
À cela s’ajouta une tragédie, aux allures d’ordalie, qui orienta notablement les retombées politiques de cet événement : le roi Pierre II d’Aragon, venu prêter main forte aux Toulousains, fut tué dès le début de la bataille.
Tout confère à cet événement une dimension exceptionnelle ; il est à noter que l’esprit chevaleresque des catalano-aragonais se heurta ce jour-là à la stratégie rusée de Simon de Montfort qui, avec une armée bien inférieure en nombre, réussit à remporter une éclatante victoire (rejoignant ainsi, dans les légendes de l’Histoire, la fameuse bataille d’Azincourt de 1415 où les quelques Anglais d’Henry V écrasèrent la masse des troupes françaises).
Le magnifique poème épique qui conte cette bataille est extrait de La chanson de la croisade albigeoise et fut écrit immédiatement après l’évènement par un troubadour resté anonyme. Si Guillaume de Tudèle (auteur de la première partie de la chanson) est plutôt favorable aux croisés, notre auteur, quant à lui, s’avère résolument engagé contre la croisade et défend ardemment les idéaux de la société occitane médiévale.
Dans 1213-Bataille de Muret, c’est la voix de ce troubadour du XIIIème siècle que nous entendons, répercutée à travers les âges, dans la déclamation du texte original en langue d’Oc par l’un des récitants.
Un deuxième acteur déclame de son côté la traduction en français moderne : c’est la voix de l’homme d’aujourd’hui. Non pas un homme qui regarde ce pan de son Histoire d’un regard distant, mais un homme confronté quotidiennement aux mêmes problèmes, aux mêmes compromissions politiques, aux mêmes absurdités idéologiques, aux mêmes tensions religieuses, aux mêmes caprices du destin, aux mêmes tragédies humaines.
Les deux récitants placés sur le devant de la scène, à gauche et à droite, déclament donc le texte de façon simultanée ; si ce procédé ne pose pas vraiment de problème de compréhension – l’auditeur percevra toujours en priorité le sens de la langue qu’il maîtrise le mieux – en revanche, il confère au drame qui nous est conté une résonance particulièrement intense.
Derrière les récitants, quatre instruments anciens de la famille des vents – Cornet à bouquin, chalemie, sacqueboute, dulciane – et un percussionniste soutiennent la déclamation, la commentent, opèrent des transitions, déchaînent le fracas frénétique de la bataille.
Le choeur mixte, quant à lui, est traité de manière purement orchestrale, sans aucun texte : c’est en effet par le biais de modes d’émission vocale divers (vocalises, bouches fermées, vociférations) qu’il participe, au même titre que les instruments, à la mise en vibration musicale de l’ensemble, même s’il semble parfois prêter mélodiquement sa voix aux interventions des protagonistes (Raymond de Toulouse, Pierre d’Aragon, Simon de Montfort, etc.) dont les paroles restent l’apanage exclusif des deux récitants.
L’utilisation d’instruments anciens et la langue d’Oc ne sont pas les seuls éléments qui nous rattachent à l’époque du sujet traité.
Le langage musical fait lui-même référence à certaines techniques médiévales, en particulier le « hoquet », un système de syncopes continues très utilisé dans l’Ars Nova du XIVème siècle. La construction mélodique de l’oeuvre repose en grande partie sur la chanson du XVème siècle L’homme armé, et le dernier tableau (Le deuil) sur trois teneurs grégoriennes : De Profundis, Lacrimosa, In Paradisum. S’y ajoute la citation d’une chanson du troubadour Folquet de Marseille lorsque celui-ci, en sa qualité d’évêque de Toulouse, bénit les chevaliers croisés à la fin du 3ème tableau (Second assaut).
Quant à la construction périlleusement asymétrique des proportions métriques du 4ème tableau (La bataille), elle est basée sur les chiffres de la date de l’évènement.
« 1213-Bataille de Muret » a été créée le jeudi 12 septembre 2013 en l’église Saint-Jacques de Muret.